Jurassic world

     Alexandre est chargé de compte settlement dans une grande banque, il a une vie de bureau bien rangée, un appartement, une copine, et des relations difficiles avec son père, M. Tout le monde en somme. Se complaisant plutôt dans ce quotidien insipide et sans saveur, il se rend un jour comme tous les autres au travail et apprend que son manager s’est suicidé. Le temps de trouver une solution et faute de mieux, sa hiérarchie lui demande officieusement d’endosser le rôle du défunt, lui faisant miroiter cette promotion de façon permanente et officielle au bout du couloir.

     Enfilant donc son costume de manager, Alexandre doit apprendre à gérer son équipe, la pression de ses supérieurs et l’intégration d’un nouveau logiciel dans le système bancaire, déterminante pour de futurs marchés internationaux. Du quotidien monotone et sans-trop-de-pression dans lequel il évoluait jusqu’alors, il se retrouve pris dans un cercle infernal où chaque jour devient un défi à relever et une course contre la montre, sa N+2 l’attendant au tournant et son équipe de chargés de comptes lui filant entre les doigts.  Le sol se dérobe peu à peu sous les pieds du héros, sa vie privée et ses nuits deviennent des cauchemars, et resurgit de nulle part son traumatisme d’enfance, celui de se faire dévorer tout cru par un T-Rex.

     Alexandre Oppecini se livre dans ce seul en scène à une prestation effrénée, le rythme va crescendo, plus les minutes passent plus il se débat dans un espace de plus en plus restreint ; bientôt son appartement et son bureau ne semblent plus être qu’un seul et même endroit, faisant presque étouffer le spectateur avec lui. On assiste à la descente aux enfers d’un jeune cadre qui voulait toucher le sommet, triste produit d’une vie professionnelle déshumanisée, caricature de l’ultra-libéralisme et ultra-capitalisme de notre société, démolissant tout sur son passage.

     Sur scène, le décor est très simple, basique même ; le passage d’un espace scénique à un autre ne se joue que dans les déplacements du comédiens, et celui d’un personnage à un autre dans les mimiques et les attitudes. Le tout est savamment orchestré par une mise en scène de plus en plus survoltée, au début très sage pour arriver à un bordel convulsif et presque épileptique à la fin. Le comédien est terriblement convaincant, on le voit dépérir progressivement, surexcité, robotisé et perdant tout sens du réel, enchaînant les cafés et passant bientôt de tyrannisé à tyran, passer d’être humain à bête préhistorique primaire. La pièce traite de façon brusque et directe du sujet du burn-out que l’on ne connait que trop bien de nos jours, et vise juste puisqu’elle démontre la rapidité avec laquelle le piège peut se refermer quand on s’y laisse prendre. Belle prise de conscience pour un public qui sort aussi lessivé que l’artiste, et bien averti.

T-Rex, de et par Alexandre OPPECINI, mise en scène Marie GUIBOURT. Au théâtre de la Contrescarpe jusqu’au 28 Mars 2018. Réservations  au 01 42 01 81 88 ou sur internet : http://www.vostickets.eu/billet/PGE_MUR_IMAGE/YAsAAJ4J3xdKVmRqeVNUWmNOCgA?A11&A3=3

Crédits photos : Armand Luciani

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s