Une nuit que j’étais…

 

    Il est des histoires d’amour qui font fantasmer, et la durée ne fait rien à l’affaire puisque celle-là n’aura duré que trois petits mois, et les deux amants n’auront passé en tout et pour tout que quelques jours ensembles. Mais sur fond d’interdits, d’infidélités et de passion dévorante, la fin d’année 67 sera marquée par la liaison qu’ont entretenue Serge Gainsbourg et Brigitte Bardot. Elle a une petite trentaine d’année, lui la quarantaine, elle est une icone de beauté et lui est réputé pour sublimer les femmes avec ses textes et ses chansons, l’équation est très vite faite et les deux tombent presque instantanément amoureux l’un de l’autre, en dépit de leurs deux mariages respectifs. Les médias et le mari jaloux de Bardot auront raison d’eux, tout le monde connait l’histoire, et la séparation est déchirante, teintée du bruit retentissant de l’unique diffusion à la radio de « je t’aime…moi non plus »

     Il est aussi des pièces de théâtre où l’on se rend sans y croire une seule seconde, surtout quand elles touchent à des artistes que l’on aime autant que j’aime Gainsbourg, dieu parmi les dieux dans mon Olympe rêvée de ceux qui auraient dû être éternels. Ajoutons à cela les performances d’Eric Elmosnino et de Laetitia Casta dans Gainsbourg (vie héroïque), pour Mathilde Bisson et Jeremie Lippmann la pente n’était même plus glissante, elle était impraticable.

    On distingue d’abord un piano, duquel s’échappent quelques notes, un filet de fumée de  cigarette s’évapore dans l’obscurité et la lumière se fait sur une chambre du ritz, Gainsbourg compose. La chambre est luxueuse, toute de boiseries et de grands drapés vétue, et la solitude de l’artiste est bientôt interrompue par l’entrée fracassante de la grande blonde jusque-en-haut-des-cuisses-bottée. Pendant un peu plus d’une heure, se déroulent sous nos yeux les discussions qu’ils ont pu avoir, les engueulades, les moments de créations et de répétitions entre deux étreintes brûlantes… Le décor ne changera pas, la mise en scène de Philippe Lellouche est très calme, les déplacements concentrés entre le piano et le lit, et le texte de Bertrand Soulier est focalisé sur les deux idoles et ce qu’ils ont à se dire, le tout risquait très fortement d’être insipide et sans saveur, mais il n’en fût rien.

    Notons le courage des deux comédiens, d’endosser ces rôles ; Jeremie Lippmann était tout simplement époustouflant, à plusieurs moments la ressemblance physique était troublante et les mimiques étaient presque maîtrisées à la perfection. Il ne faisait pas une démonstration au public, il incarnait celui qu’il jouait, c’était vrai et presque émouvant tellement c’était inattendu pour une plus-que-sceptique comme moi. Mathilde Bisson ne démérite pas, plus poussive et caricaturale cependant, elle offre au public quelques moments troublants également dans l’interprétation et dans les intonations de voix.

     Finalement, le théâtre de la Madeleine nous offre une heure de spectacle happante, plongés dans l’intimité de BB et Gainsbourg. Le public est évidemment en grande majorité constitué d’admirateurs et de nostalgiques, car le tout serait très long et sans intérêt pour ceux qui ne le sont pas. Brigitte finit par demander à Serge de lui écrire la plus belle chanson d’amour de tous les temps, qui s’avèrera sonner la fin de cette histoire passionnelle. La pièce s’achève sur les notes enivrantes et les râles enflammés de je t’aime..moi non plus et les larmes de Bardot qui ne s’en remettra jamais tout à fait, quelques larmes dans le public également, pari relevé.

Moi non plus, de Bertrand Soulier, mise en scène Philippe Lellouche, avec Mathilde Bisson et Jeremie Lippmann. Au théâtre de la Madeleine jusqu’au 24 Février 2018. Réservations  au 01 42 65 07 09 ou sur internet : https://www.theatre-madeleine.com/spectacle/piece/moi-non-plus

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