Ôtez-moi d’un doute

   Le théâtre Hébertot signe une rentrée théâtrale sans faute avec les deux pièces à l’affiche. Si Les jumeaux Vénitiens en reste la star, il aurait été bien dommage de ne pas retenter l’expérience pour voir la pièce qui ouvre chaque soir la scène et prépare en quelque sorte le terrain à Goldoni. Douze Hommes en colères est assez méconnue en France. Pièce de théâtre écrite en 1953 par Reginald Rose, c’est son adaptation en film en 1957 par Sydney Lumet qui reste la plus célèbre, notamment grâce à la participation d’Henry Fonda.

   Aux États-Unis, douze jurés doivent délibérer à la suite d’un procès. L’accusé est un adolescent noir de seize ans accusé d’avoir poignardé son père. Tout l’accuse et plusieurs témoignages l’accablent, l’affaire semble pliée et les jurés veulent vite expédier l’affaire. Seulement voilà, le jeune homme encourt la peine de mort et le délibéré doit être unanime, que la sentence soit coupable ou non. Un des douze jurés ne suivra pas les onze autres et ne lèvera pas la main quand sont appelés ceux qui votent coupables. Il n’est pas sûr de la culpabilité de l’accusé et refuse d’envoyer à la chaise électrique un enfant si les doutes qu’il a ne sont pas levés. S’engagent alors des débats entre les douze hommes, une lutte qui commence à onze contre un et qui de fil en aiguille s’équilibrera, les doutes gagnants de plus en plus  de jurés.

   Le lever de rideau se fait sur les douze comédiens, debout, stoïques dans une salle froide et austère. Une fenêtre en bandeau longe le mur derrière eux et seule l’aiguille de l’horloge installe le tempo. Chacun va se placer sur un long banc, et tous en ligne ils commencent peu à peu à engager la conversation. On comprend d’emblée que tous pensent que l’accusé est coupable, et la pièce s’engage vraiment au premier vote à mains levées. L’un d’entre eux vote non coupable. Le rôle est tenu par Bruno Wolkowitch, ce dernier à une cinquantaine d’année, est Architecte, et semble bien moins agité que les onze autres. Mais surtout il a tout son temps et veut comprendre le dossier en profondeur, passer en revue toutes les accusations et les preuves que le dossier a constitué, analyser les comportements des témoins et de l’accusé, bref il veut être sûr de la culpabilité de l’accusé avant de le juger coupable. Les onze autres sont assez hostiles au débat, tous pressés d’en finir et de partir, c’est à contre cœur que le débat s’ouvre entre les douze hommes. Le juré dubitatif commence alors à s’exprimer, à argumenter, et va rallier au compte-goutte quelques-uns de ses collègues d’un jour, rendant le débat de plus en plus tendu mais intéressant.

   Si le début traîne un peu en longueur et qu’on a l’impression que certains comédiens ont du mal à entrer dans leurs rôles, l’intervention de Wolkowitch met un terme à tout ennui  et marque le véritable début de l’intrigue. Le public assiste au décorticage d’un dossier criminel et à une enquête remise en question. On plonge avec lui dans le dossier et on y prend un réel plaisir. À chaque fois qu’un nouveau juré est rallié à la cause, c’est une victoire et Bruno Wolkowitch tient à merveille  le rôle de chef d’orchestre qui s’anime un peu plus à chaque converti. À ses côtés, les onze comédiens tiennent chacun leurs rôles avec conviction, des personnages avec plus ou moins de relief. Entre les préjugés, les histoires personnelles qui viennent s’en mêler, les caractères différents et l’égoïsme de chacun qui se transforme peu à peu en réel intérêt pour la vie de l’accusé, chaque personnage apporte sa pierre à l’édifice et contribue au dénouement que connaît la pièce. Mentions spéciales à Pascal Ternisien, absolument délicieux, Olivier Cruveiller qui apporte beaucoup de douceur à toute l’agitation, et Francis Lombrail, qui a adapté la pièce et tient le rôle de l’un des plus idiots et imbuvables membres du jury, pas évident à tenir.

   La mise en scène très simple et en huis clos associée au décor froid et lisse permet de se focaliser sur les douze personnages et de contenir tous ces hommes sur scène pendant plus d’une heure sans rendre le tout étouffant pour le public. Une pièce simple mais efficace, dont on ressort rincés mais satisfaits.

12 Hommes en colère, de Reginald Rose, adaptation française Francis Lombrail et mise en scène Charles Tordjman. Au théâtre Hébertot jusqu’au 07 Janvier 2018. Réservations  au 01 43 87 23 23 ou sur internet : https://indiv.themisweb.fr/0019/fListeManifs.aspx?idstructure=0019

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