On fait aller

   La jeunesse et la modernité sont les deux critères qui passionnent ces derniers temps au théâtre. On parle d’Alexis Michalik, de Julien Gosselin, de Thomas Jolly, de bien d’autres encore et plus récemment de Simon Stone. Le metteur en scène a la trentaine, comme ses pairs-stars-du-moment, et il est Australien. C’est au festival d’Avignon 2017 que le public Français le découvre, dans l’adaptation d’une pièce d’Henrik Ibsen, ou plutôt dans une transposition de la pièce à notre époque. Simon Stone aime visiblement l’Architecture, ou plutôt les espaces clos et définis, et y faire vivre des gens d’aujourd’hui. Il exploite le côté voyeur du public pour nous faire aimer des personnages pensés par leurs auteurs il y a un siècle de cela, mais aussi pour nous faire comprendre qu’en chaque homme cohabite une bonne personne et un monstre, qui luttent et peuvent prendre le dessus sans crier gare.

   Ces dernières semaines au théâtre de l’Odéon, Les trois sœurs d’Anton Tchekhov se jouent dans une mise en scène de Stone. L’Histoire reste la même, on retrouve Olga, Macha et Irina dans la maison de famille, entourées d’amis et de proches, pour fêter l’anniversaire d’Irina et la fin du deuil du patriarche qui dure depuis un an. Dans cet espace exigu, les choses deviennent vite irrespirables et les travers des uns et des autres entraînent irrémédiablement l’histoire à un dénouement tragique. L’atmosphère des livres de Tchekhov est bien retranscrite en cela que chaque personnage est chargé d’un ennui et d’une mélancolie permanents, subissant sa vie plutôt qu’en en étant acteur, et cherchant toujours à faire aller. Si les choses commencent de manière plutôt festive, la morosité de la vie de chacun se retrouve vite au cœur de tout, et entre conflits familiaux, tromperie, alcoolisme, maladie et non-dits, les situations vont de mal en pis d’heure en heure et d’années en années, et la maison devient vite une cage dont il faut s’enfuir.

Sur scène, on ne s’encombre pas de décors pour signifier l’intérieur de la maison et l’extérieur, puisque la maison dans toute sa structure est sur scène. Sorte de bloc sombre rectangulaire avec de grandes baies vitrées, l’objet architectural tourne sur lui-même et nous place en observateur de la vie des protagonistes qui évoluent dedans. Quand certains sont dans la cuisine, d’autre sont dans le séjour et d’autres encore à l’étage dans la chambre ou la salle d’eau, tout le monde y vit en même temps et les comédiens se font entendre grâce à leurs micros. Le procédé est astucieux et sauve à plusieurs reprises la pièce.

Si la deuxième partie est dynamique, s’encre plutôt bien à notre époque et que le texte offre quelques propositions intéressantes en références et en transpositions de situations, la première a failli me perde. À plusieurs reprises dans cette dernière, l’intérêt de la réécriture du texte était vague, s’encombrant de vulgarités parfois injustifiées, et de références qui passaient en force, comme pour nous dire « eh, on est en 2017 hein ne l’oubliez pas ! ». Comme les histoires de Tchekhov ne sont pas réputées pour être riches en rebondissements, perdez la beauté et l’habilité du texte et vous perdez l’essence de son œuvre. Heureusement, la mise en scène et la scénographie rattrapent bien le tout et cette maison qui tourne nous occupe l’esprit qu’on suive ou non, nous attrape forcément à un moment donné en attirant notre attention sur une situation bien précise.

 Les comédiens ne faillissent pas, et n’ont pas besoin de cabotiner pour installer l’ambiance morose et torturée de la pièce. Pour une fois c’est une femme qui retient mon attention puisque j’ai trouvé Celine Sallette bouleversante. La distribution de manière générale est intelligente, Simon Stone amène une mixité sur scène rarement observée et qui sert son désir de modernité.

Les trois sœurs, d’après l’œuvre d’Anton Tchekhov, mis en scène par Simon Stone. Au théâtre de l’odéon jusqu’au 22 décembre 2017 puis en tournée en France. Réservations au 01 44 85 40 40 ou sur internet http://www.theatre-odeon.eu/fr/2017-2018/spectacles/les-trois-soeurs

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