Ornemental n’est pas banal

     Sulki et Sulku sont deux œuvres d’art, où plutôt une oeuvre d’art à deux. Entre deux vagues de visiteurs au musée dans lequel ils sont exposés, ils prennent vie et entretiennent alors des discussions qu’ils essayent de maintenir à un niveau d’intérêt et d’intelligence certain. Ils parlent de tout et surtout de rien, balayent les sujets de société, trouvent des solutions à la bêtise, à l’agressivité et à la morosité,  bref, ils refont le monde. Jean Michel Ribes offre à Sulki et Sulku une deuxième vie, après les avoir déjà mis en scène dans sa pièce à succès Musée haut, musée bas en 2004 ; pièce qui sera adaptée au cinéma sous le même titre en 2008.

     Sur scène, un décor assez glaçant, limite angoissant de musée d’art contemporain : tout est gris ; les murs ceignant l’espace de vie des deux hommes-statues forment des lignes cassantes et des angles aigus et sont constellés de petits percements, comme les panneaux acoustiques que l’on retrouve dans les amphithéâtres et autres lieux de spectacles. Seule touche de couleur dans le tableau, Sulki et Sulku, plantés sur leur socle, gris lui aussi, endimanchés dans des costumes aux couleurs vives et aux motifs graphiques.

     Le rideau tombe, on observe les deux statues poser un instant sous les projecteurs, puis ils s’animent et entament leurs discussions. Les deux premières sont celles que l’on a déjà entendues dans Musée haut, musée bas, puis, une fois le trait d’union fait entre les deux pièces, ils nous en proposent de nouvelles. Sitôt que les yeux ne sont plus sur eux, les deux statues ne tiennent plus en place et ont surtout très, très envie de discuter. N’importe quel sujet leur brûle la langue et ils trouvent l’un en l’autre l’interlocuteur parfait à leurs interrogations sur la vie. Allant de sujets de plus en plus surréalistes, les deux dandys dressent sous couvert de l’absurdité et de l’humour des portraits critique de la société. La télévision, les footballeurs, les dimanches en famille, la consommation d’essence, le manque de contenance croissant des sujets de conversations, la méditation, tout y passe et tout passe facilement tant le style est déroutant. Entre deux discussions, soit un interlude musicale, soit une pose de nos statues; les sujets s’articulent sur plusieurs journées et entre les flots de visiteurs devant lesquels Sulki et Sulku doivent faire leur travail d’œuvre d’art.

     Les deux comédiens sont truculents ; on sent l’influence des interprétations précédentes dans le film et la pièce Musée haut, musée bas dont ils ont forcément dû s’imprégner, mais ils apportent beaucoup de fraîcheur et de dynamisme aux personnages. Romain Cottard est Sulki, la grande tige aux cheveux gominés, un peu maniéré, le plus pondéré et contemplatifs des deux ; il se pose beaucoup de questions sans forcément chercher de réponse, il constate et s’étonne, propose quelques solutions mais s’accorde à dire qu’on ne peut pas tout comprendre ; Damien Zanoly interprète quant à lui Sulku, le petit nerveux un peu surexcité, qui ne peut pas tenir en place et a bien du mal à l’inverse à ne pas avoir les réponses aux questions qu’il se pose. Le duo fonctionne et le texte sublime l’interprétation, l’écriture de Jean-Michel Ribes est libre, incisive et pleine de vérités cachées sous la forme d’un songe ou d’une gigantesque farce. Une pièce infiniment rafraîchissante.

Sulki et Sulku ont des conversations intelligentes, texte et mise en scène de Jean-Michel Ribes, avec Romain Cottard et Damien Zanoly. Au théâtre du rond-point jusqu’au 10  Décembre 2017. Réservations au 01 44 95 98 21 ou au lien suivant : https://www.theatredurondpoint.fr/spectacle/sulki-et-sulku/

2 commentaires

  1. Ça tombe à point nommé ! Je m’apprête à jouer une scène de Ribes (théâtre dans animaux). On jouera dans un théâtre mais en privé.
    As-tu vu « tous des oiseaux » de Mouawad ? Il fait un tapage actuellement. Du coup, j’y vais demain jeudi.
    Bises

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    1. Salut Pierre ! Bon courage pour la scène de Ribes, tu as de la chance 😉 et oui j’ai entendu parler de la pièce de Mouawad, malheureusement on a deja pas mal d’abonnements dans d’autres théâtres avec Michael et du coup pas trop le temps, on n’est encore jamais allés à La Colline même…pour te dire…
      Bises à bientôt !

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