Max est schizo

     Le théâtre Hébertot fait beaucoup parler de lui en cette rentrée théâtrale 2017. Les deux pièces à l’affiche reçoivent les louanges des critiques et la salle est pleine à craquer. Les jumeaux Vénitiens, pièce de Carlo Goldoni, est l’une des deux pièces qui assurera les belles heures du théâtre parisien jusqu’au 31 décembre prochain. Le dramaturge Italien s’inscrit chronologiquement entre Molière et Feydeau, et pour cause, on pourrait le situer à mi-chemin de la veine stylistique de ces deux derniers. Auteur de situations comiques et rocambolesques, son but premier était la distraction du publique, le deuxième étant évidemment la critique de la société. C’est le metteur en scène Jean-Louis Benoît qui a décidé, vingt ans après la dernière représentation de cette pièce à Paris, de traduire à nouveau le texte, de l’adapter et de le mettre en scène.

     L’histoire est très simple ; deux jumeaux, Zanetto et Tonino, ont été séparés à la naissance. Zanetto a été élevé dans la montagne, il est riche mais idiot, Tonino quant à lui a grandi à Venise, c’est un homme pauvre mais distingué et plein d’esprit. Ces deux frères que tout opposent se ressemblent néanmoins comme deux gouttes d’eau physiquement, et, bien qu’ils aient conscience l’un et l’autre d’avoir un frère jumeau, vont se retrouver sans le savoir en même temps à Vérone à des fins romantiques. Leur présence simultanée dans les rues de Vérone va entraîner la confusion générale et des situations plus cocasses les unes que les autres. Pour incarner les deux frères, un seul comédien, c’est comme cela que Goldoni avait imaginé la pièce et c’est là tout le défi à relever. Maxime d’Aboville, le comédien trentenaire en plein essors qui se frotte à des rôles diamétralement opposés avec la plus grande maîtrise va pouvoir accrocher un nouveau rôle à son tableau de chasse, et non des moindres. Il lui aura fallu trouver deux façons de parler, de se mouvoir, des tocs différents, des intonations et des signes distinctifs identifiables pour le public tout en ne changeant ni de costume ni de maquillage.

     Sur scène, le décor est très pictural et romantique, il nous plonge au cœur d’une place Italienne, ceinte de façades d’habitations grandeur nature et aux tons sable. Outre la forte impression du respect de l’atmosphère de l’époque, le décor offre une profondeur et des perspectives qui vont dynamiser la mise en scène déjà bien électrifiée par les comédiens. Une fontaine à tête de lion, un escalier monumental que l’on devine, des ruelles esquissées entre les maisons, mais aussi un intérieur bourgeois avec boiseries aux murs et linteaux monumentaux au-dessus des portes…les comédiens évoluent dans un décor léché et finement étudié, habillés eux même de costumes et de coiffes d’époques. Bien que Jean-Louis Benoît ait signé une traduction du texte résolument et volontairement moderne, sa mise en scène reste simple et au service du texte et des situations. Il fait transpirer ses comédiens, qui font vivre la pièce de bout en bout avec une énergie folle. Les portes claquent, les épées tintent, les situations s’enchaînent frénétiquement entre éclats de voix et scènes de duels, en n’oubliant jamais de faire rire le public et de lui offrir également quelques moments de sensualité, de peines de cœur et de manœuvres douteuses entre les personnages.

    Maxime d’Aboville est encore une fois impressionnant. Précis dans l’interprétation mais pour autant déchaîné, il sort à cour en tant que Zanetto et entre quelques secondes plus tard à jardin dans la peau de Tonino sans même que son visage ne souffre de l’ébauche d’un signe de fatigue. Il interprète les deux jumeaux de manière bien distinctive mais aussi efficaces l’une que l’autre, et ne se perd jamais dans cet exercice de haute voltige ni ne perd le public qui sait toujours à quel frère il a à faire, contrairement aux autres personnages. Accompagné des neufs autres comédiens, d’Aboville rend justice au texte de Goldoni, faisant autant briller l’absurde et le comique de certaines situations que la satire et le sérieux d’autres. Mention spéciale également à Olivier Sitruk, méconnaissable, qui plante une sorte de Frollo/Tartuffe aux allures d’oiseau noir que l’on croirait tout droit sorti du dessin animé Moi moche et méchant, s’inscrivant dans la lignée de ces méchant que l’on adore détester, et dont les motivations premières sont souvent les chagrins d’amour. Il réussit à rendre le personnage autant détestable que touchant, et joue un rôle qui se révélera déterminant pour le dénouement de la pièce.

    Jean-Luc Benoît signe une belle adaptation de cette pièce trop peu connue ; les décors, la mise en scène et les acteurs sont en symbiose et nous offrent un réel tourbillon d’énergie et d’émotions, et Maxime d’Aboville brille, plus que jamais.

    Les jumeaux Vénitiens, de Carlo Goldoni, traduit et mis en scène par Jean-Louis Benoît. Au théâtre Hébertot jusqu’au 31 Décembre 2017. Réservation au 01 43 87 23 23 ou sur internet : http://theatrehebertot.com/les-jumeaux-venitiens/

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