L’automate marteau

   Parfois, lorsqu’un délit est commis, quand on tient le coupable, quand suffisamment de preuves sont amassées contre lui et quand une peine de prison ferme supérieure à deux ans est encourue, le prévenu est soumis à une comparution immédiate à la suite de sa garde-à-vue. Les dossiers s’empilent et les cas s’enchaînent au tribunal correctionnel, des dizaines de cas défilent et les jugements sont rendus rapidement, mécaniquement pour la plupart, injustement quelques fois. Dominique Simonnot est journaliste et écrit des chroniques judiciaires pour le canard enchaîné qui racontent des cas de comparutions immédiates. Michel Didym, metteur en scène  et Bruno Ricci, comédien, ont glané quelques-unes de ces chroniques pour monter leur spectacle, et ont ponctué ces dernières de poèmes de prisonnier.

   Le décor est imposant et froid, sorte de tribunal moderne et bétonné comme on peut les voir aujourd’hui, et, devant des juges plus ou moins impatients, désabusés et humains, défile toute la misère sociale du pays. Fous ou non, les prévenus sont tous jugés devant nous à travers la plume de Dominique Simonnot et l’interprétation de Bruno Ricci. Ce dernier interprète plus d’une centaine de personnages entre les juges, les magistrats, les avocats, les psychologues, les prévenus, les témoins etc. Derrière une gigantesque barre, les personnages passent et s’expriment, devant sceller en un temps record le sort de l’accusé. L’accent est clairement mis sur l’automatisme du procédé, l’injustice en quelque sorte quasi automatique que subissent des personnes en détresse qui ont commis un jour l’acte de trop.

   Le jeu de Bruno Ricci est laconique, il enchaîne sans faillir un nombre incalculable de dossiers différents. Parfois les sentences font sourire, parfois elles font frémir, on se met à la place des juges, des magistrats, des avocats, certes, mais surtout des détenus qui voient leurs vies basculer en quelques minutes. Ils font parfois l’objet d’erreurs, parce qu’ils ne sont qu’un numéro de dossier et que le juge s’emmêle les pinceaux, parce qu’ils n’ont rien à faire en prison mais qu’on ne sait pas quoi faire d’eux, que le psychologue les décrète responsables de leurs actes… La société ne sait pas gérer ou aider ceux qui s’en marginalisent sans commettre pourtant de crimes ou de viols, cette série de faits divers nous présentent des prévenus perdus, livrés à eux-mêmes et parfois diminués intellectuellement, sous l’œil condescendant et le ton péremptoire de la cour.

   Contrastant avec ces scènes de jugements, des moments de lecture de poèmes de prisonnier s’intercalent en pointillés, laissant le temps de souffler au public, faisant entendre la voix de ceux qui n’ont plus de liberté. Si la mise en scène, le décor et le jeu du comédien sont glacials et volontairement impersonnels, les lectures de poèmes contrastent en faisant flotter une atmosphère plus enveloppante et humaine, rendant le tout très complet émotionnellement pour le spectateur.

   La pièce que nous livrent Dichel Didym et Bruno Ricci est intelligente et réglée comme du papier à musique. Pas de dispersion, le public se prend le message de front car les procédés pour le transmettre sont simples et bien exécutés. La remise en question du système judiciaire est franche et nette, la pièce est en ce sens d’utilité publique pour sensibiliser à ce monde inconnu pour la plupart d’entre nous.

Comparution immédiate, d’après les chroniques judicaires de Dominique Simonnot, mis en scène Michel Didym et interpreté par Bruno Ricci. Au théâtre du rond-point jusqu’au 22 Octobre 2017. Réservation théâtre du rond-point au 01.44.95.98.21 ou en ligne https://www.theatredurondpoint.fr/spectacle/comparution-immediate/

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s