Lavernhe tombe le masque

   Difficile pour la Comédie Française de se renouveler sur des classiques du patriarche, et pourtant l’institution s’attelle de plus en plus à se dépoussiérer, tant en proposant des pièces inédites qu’en utilisant de nouveaux procédés scéniques et stylistiques. Les classiques ne sont pas laissés en restes car on assiste ces dernières années à une véritable modernisation dans les mises en scènes et les nouvelles couleurs données aux personnages. Ainsi, nouvel événement au Français avec la reprise des Fourberies de Scapin de Molière, vingt ans après la précédente production.

    L’histoire, on la connaît tous plus ou moins; Molière, on en a tous mangé et digéré sous plusieurs versions et en plusieurs exemplaires pendant notre scolarité, et c’est là le grand danger pour les metteurs en scène qui décident pourtant de s’y ré-attaquer. On va forcément voir des grandes pièces comme Tartuffe, l’Avare, Dom-Juan ou Les fourberies de Scapin avec une version bien ancrée dans la tête, une interprétation qu’on a affectionnée et presque convaincus que l’on va sûrement s’ennuyer. Quel défi alors de nous faire redécouvrir la pièce et de nous rappeler qu’elle est intemporelle, adaptable  et interprétable à l’infini avec quelques pincées de talent et d’inspirations bien  senties, défi relevé pour Denis Podalydès.

   La scène s’ouvre sur un décor portuaire, entre filets et cages de pêches, ceint par de monumentales planches de bois qui font deviner les images de bateaux au second plan. Les comédiens montent et descendent un grand échafaudage de plusieurs étages pour des entrées et sorties de scènes spectaculaires et acrobatiques. Dans toute cette agitation surgit Scapin du dessous de scène, sorte de rat des cales pour venir mettre son grain de sel dans les affaires amoureuse d’Octave et Léandre. Ces derniers craignent les réactions de leur père en apprenant qu’ils se sont mariés à d’autre femmes que celle qui leur était promise. La malice du héros amènera tous les personnages précisément là où il veut les amener, et même quand il se fera prendre la main dans le sac, il arrivera toujours à se faire pardonner.

   Benjamin Lavernhe excelle dans l’exercice et donne à Scapin de nombreuses couleurs. Malin, fourbe, créatif, revanchard mais aussi charmeur et manipulateur, le comédien semble se balader dans un rôle qui lui colle à la peau et est secondé par de grands talents tels que Didier Sandre et Gilles David, l’un en père radin jusqu’à la moëlle et l’autre en père dur et colérique, mais aussi Bakary Sangaré en complice caricatural et maladroit. Julien Frison et Gaël Kamilindi ne déméritent pas en Léandre et Octave, les deux petits jeunes perdus et en paniques face à l’éternel bon-vouloir paternel. Le seul bémol s’il y en a un à émettre serait pour l’interprétation de Zerbinette par Adeline d’Hermy, que j’avais pourtant aimée dans La double inconstance. La scène ou Zerbinette humilie involontairement Géronte en lui racontant son histoire m’a donné mal au crâne tant la comédienne était criarde, la scène m’a parue interminable et m’a mise mal à l’aise, et pas pour Géronte comme il le faudrait selon moi.

   Plusieurs vents de fraîcheur soufflent sur cette nouvelle version, à savoir la mise en scène physique et moderne de Denis Podalydès, les décors monumentaux d’Eric Ruf, les costumes somptueux signés Christian Lacroix, et des comédiens dynamiques et drôles. Mais la plus belle découverte reste celle de Benjamin Lavernhe, qui se voit offrir son premier grand rôle avec celui de Scapin, et mouille les planches presque deux heures durant dans une version survoltée du valet facétieux, faisant éclater l’audience de rire et provoquant quelques ovations pendant le spectacle.

Les fourberies de Scapin, de Molière, Mise en scène Denis Podalydès . A la comédie Française, salle Richelieu jusqu’au 11 Février 2018. Réservations au 01 44 58 15 15 ou au lien suivant : https://www.comedie-francaise.fr/fr/evenements/les-fourberies-de-scapin-17-18

 

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