Vivre tue

     Tania et Catherine sont cote à cote sur une petite plateforme. Elles défendent leur espace respectif, se découvrent, se rejettent et s’attachent l’une à l’autre, puisque finalement elles sont là et qu’elles n’ont rien d’autre à faire. Elles ont un certain âge et, bien qu’étant radicalement différentes, regrettent toutes deux ce que sont devenus le monde et la société. Aujourd’hui tout est aseptisé, tout est interdit sous couvert de la santé mais tout est permis sous celui de la jeunesse éternelle. Comme Catherine et Tania ont toujours refusé de céder aux pressions exercées par cette course à la perfection, elles sont considérées comme des sortes d’œuvres d’arts ou de vestiges du passé, et sont exposées dans ce qui s’apparente à un musée de vieilles au naturel, mais les visiteurs se font de plus en plus rares.

   Avec La nostalgie des blattes, le théâtre du rond-point programme encore une fois une pièce qui suscite beaucoup de réflexion. Ces deux femmes s’ennuient, autour d’elle le néant d’une époque qui se situe pour nous dans un futur proche et vers lequel nous tendons peu à peu. Plus de cigarettes, fumer tue, plus d’insectes, pas assez hygiéniques et vecteurs de maladies pour l’homme, plus de gluten, allergène, plus de sucre, néfaste pour l’organisme…une liste à n’en plus finir d’interdits qui ne laisse plus le choix : rester assis vissé sur une chaise et ne plus en bouger. La mise en scène illustre parfaitement l’oisiveté des deux vieilles femmes, et leur proximité forcée amène toutes leurs variations d’humeurs: elles rient, se crient dessus, pleurent, et vont même jusqu’à répéter leurs interprétations des maladies l’Alzheimer et de Parkinson pour apeurer leurs futurs spectateurs. Bien que désabusées et résignées à leurs tristes sorts, elles s’autorisent au cours de la discussion à braver quelques interdits et à exprimer leur nostalgie de tout, même des blattes.

   Catherine Hiegel et Tania Torrens plantent deux personnages hauts en couleurs mis en lumière par le texte de Pierre Notte. Elles sont acerbes mais terriblement attachantes, et font prendre conscience de l’horreur d’une vie où, à tout vouloir contrôler, on ne vit plus. On retrouve avec plaisir ces deux anciennes de la Comédie Française en mamies de la résistance qui refusent le bistouri, qui s’exposent à la vue du monde sans artifice et portant sur leur visage et leur corps les traces du temps et d’une vie dont elles ont su profiter. A voir d’urgence pour tout ceux qui en ont marre de se laisser dicter leur conduite par les critères de beauté et les modes de vie en vogue, un déculpabilisant efficace.

La nostalgie des blattes, Texte et mise en scène de Pierre Notte, avec Catherine Hiegel et Tania Torrens. Au théâtre du rond point jusqu’au 08 octobre prochain. Réservations au 01 44 95 98 21 ou sur internet https://www.theatredurondpoint.fr/spectacle/la-nostalgie-des-blattes/

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