Tu ne tueras point.

      Ça n’arrête plus pour Thomas Jolly et la Piccola Familia. Après s’être illustré cette saison à l’opéra de Paris et au théâtre du châtelet en mettant en scène un opéra et un opéra-comique, c’est au théâtre qu’est revenu le metteur en scène. Fruit d’un partenariat avec le Théâtre National de Strasbourg et le groupe d’élèves 42, Le radeau de la méduse avait été présenté au festival d’Avignon 2016 et continue sur sa lancée prometteuse jusqu’en Chine ce mois de juillet 2017.

   Treize enfants, dont un petit roux, sont sur un bateau, on croirait le début d’une mauvaise blague. Et pour cause, l’histoire se révèlera plus dantesque que ce à quoi l’on aurait bien pu s’attendre de la part de si jeunes protagonistes. Suite au torpillage du bateau vapeur sur lequel de nombreux enfants transitaient pour fuir la guerre, douze d’entre eux survivent et se retrouvent à la dérive sur un canot de sauvetage.

   Tous se réveillent, pâles, blessés et amoindris, et entament dès lors une stratégie de survie basée sur le partage et la solidarité, qualités qu’ils déplorent absentes chez leurs pairs devenus adultes. Nourriture, eau, lait, tour de garde pour tambouriner la nuit, tout semble aller pour le mieux pour nos douze héros et deux d’entre eux se démarquent : Ann et Alann. Ces deux derniers tombent amoureux et deviennent naturellement le duo meneur du groupe. Mais dès le premier jour, nos héros vont tomber nez à nez avec un petit enfant caché sous une couverture. Roux, muet et oisif, la présence à bord de celui qu’ils nommeront Petit renard augmente le nombre de passagers à treize et, de rebondissement en péripéties, amènera un tourbillon de malheurs.

« Une fois de plus, tout est consommé »

Comment se hiérarchise une société ? Pourquoi la loi du plus fort est-elle toujours celle qui triomphe ? Pourquoi dans un groupe certains se soudent en excluant l’un des leurs ?  Jusqu’où l’être Humain peut-il aller pour se convaincre que les horreurs qu’il commet sont justifiées ? Comment la religion peut-elle être prétexte aux pires tragédies ? Comment un esprit moteur et mal intentionné réussit-il à entraîner les autres ?  À quel moment cessons-nous d’être solidaires et pourquoi l’individualisme finit toujours par avoir raison des mentalités ?

   Il est difficile de coucher par écrit toutes les questions que soulèvent  une telle histoire, tant cette dernière résonne avec de tristes actualités et tant elle illustre de cruelles réalités. Ainsi, le spectateur sera plongé dans un huis clos en pleine mer et se retrouvera, impuissant, à constater le reflet d’une société promise au naufrage, qui plus est illustrée par des enfants.  Les acteurs son impressionnants de justesse et de simplicité dans leur jeu, et le duo d’Alann et Ann fonctionne. Rémi Fortin est poignant et attendrissant du début à la fin de la pièce et Emma Liégois glace le sang.

   La mise en scène de Thomas Jolly se met au service de l’histoire et fait preuve d’une simplicité à laquelle il ne nous avait pas habitués. Une grande laie en toile illustre la mer et le ciel, juste une portion de décor sur laquelle trône un bateau, qui parait assez monumental dans cette configuration. Les treize acteurs et ce décor simplissime sont sublimés par le mécanisme rotatif qui anime le bateau, et les jeux de lumière qui font frôler le sublime à certaines scènes, les plantant presque en œuvres picturales. L’autre force du metteur en scène est évidemment le séquençage de l’histoire et son déroulement à la manière d’une série télévisée ou d’un film, procédés qu’il défend dans une vision d’adaptation du théâtre à son époque. Il assume d’ailleurs le souhait qu’il a eu de recréer l’ambiance d’un plateau de tournage dans cette mise en scène.

Une fois de plus, je suis consumée.

Le radeau de la méduse, écrit par Georg Kaiser et mis en scène par Thomas Jolly, en tournée en Chine jusqu’au 18 Juillet 2017 et au théâtre du fort Antoine (Monaco) le 7 Août 2017. Renseignements sur le site de la Piccola Familia :  http://www.lapiccolafamilia.fr/tournee-le-radeau-de-la-meduse/

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