Chaplin un jour, d’Aboville toujours.

     Petit de taille et de gabarit était l’écrin qui contenait le génie de Charlie Chaplin. Si aujourd’hui tout le monde connait son nom, les générations passent et les prouesses techniques du cinéma ne cessent d’augmenter, que deviendra Charlot dans les temps à venir si l’on cesse de le rappeler à nos mémoires ? Daniel Colas monte Un certain Charles Spencer Chaplin, pièce sur la vie de l’homme, comme un devoir de souvenir et de reconnaissance éternelle du cinéma. Son idée la plus brillante est bien sûr le choix du comédien principal : même taille, même gabarit, Maxime d’Aboville enfile là un costume sur mesure.

   Sur scène, une dizaine de comédiens se rencontrent et viennent tour à tour illustrer la vie du protagoniste sur une soixantaine d’année. L’histoire commence à l’aube de la première guerre mondiale, Chaplin a 25 ans et fait ses premiers pas dans le cinéma à la New York Motion Picture Company. Déjà le jeune comédien fait preuve de rébellion et se comporte comme un électron libre sur le plateau. Lui qui avait été habitué à la liberté de la scène a du mal à se laisser dicter sa conduite par son producteur. Conscient du potentiel du jeune artiste et convaincu par le personnage qu’incarne Charlie lorsqu’il se glisse dans son costume de vagabond, Mack Sennett lui laisse la réalisation de son premier film. Cela marquera le début du personnage de Charlot qui suivra Chaplin quasiment jusqu’à la fin de sa carrière.

   Si la passion sans borne pour le cinéma de l’homme s’illustre dans la pièce, l’accent est également mis sur sa vie amoureuse sulfureuse. De nombreuses femmes vont défiler dans la vie de Chaplin, toutes plus jeune voire beaucoup plus jeunes que lui, ce qui va d’ailleurs mettre à mal plus d’une fois sa réputation et en danger sa carrière cinématographique. N’est pas occulté non plus le caractère difficile du personnage, dépeint comme relativement tyrannique avec son entourage, intransigeant avec ses équipes et torturé dans l’intimité. Paulette Goddard le quitte dans la pièce en lui lançant au visage qu’il est drôle en Charlot mais sinistre en Charlie. Maxime d’Aboville est, une fois de plus, brillant. Il faut bien admettre qu’il est difficile de voir les neufs comédiens qui gravitent autour tant il brille et se fond à son personnage, une vraie petite pépite.

   Le décor et la mise en scène sont simples et astucieux, et en même temps très fournis et riches en détails. Le spectateur se retrouve dans « l’envers du décor », au théâtre ou sur un plateau de tournage, le doute est permis. Les décors des scénettes sont entassés de part et d’autre de la scène, et vont se vider au fur et à mesure qu’ils sont utilisés, dénudant progressivement de plateau et laissant apparaître les guindes qui ceignent l’espace. Sans oublier un écran géant en fond, qui s’anime de temps à autres pour laisser apparaître quelques scènes de l’illustre Charlot.

   Le défi est relevé car résumer en une heure et demie la vie et la carrière si denses de Chaplin relève presque de l’impossible. L’impasse est faite sur de nombreux détails, et quelques passages de sa vie sont plus que survolés, mais la pièce réussit à le faire revivre à travers Maxime d’Aboville, à le remettre au goût du jour pour les plus jeunes et à réveiller la nostalgie des plus vieux.

Un certain Charles Spencer Chaplin, de Daniel Colas, mis en scène par Daniel Colas. En tournée actuellement dans les différentes salles de France.

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