Une maman d’amour

    Christine Angot a écrit en 2015 « Un Amour Impossible », roman dans lequel elle dissèque la relation mère fille et tente de l’exprimer à travers sa propre expérience. La metteuse en scène Célie Pauthe, tombée amoureuse du roman, décide de contacter l’auteur pour transposer l’histoire sur les planches. Après une adaptation du texte par Angot, le projet prendra forme. On le retrouve sur la scène du théâtre de l’Odéon, aux ateliers Berthier, pour un mois de représentation.

   N’ayant pas lu le livre, c’est vierge de tout avis que j’ai appréhendé la pièce. Ainsi il m’est impossible de juger de la réussite de la transposition du roman sur scène. Il ne s’agit ici que de l’analyse de l’œuvre théâtrale et de ce que j’en ai compris sans avoir été confrontée à l’œuvre mère.

   Le public s’installe face à une scène vide. Pas l’ombre d’un décor ni d’une couleur, les deux protagonistes entrent sur scène. On comprend que la mère et la fille ne se sont pas vues depuis un moment, et que la nouvelle qui les réunit est le décès du père de l’une et de l’ancien amour de l’autre. La tension est dès lors palpable, un lourd secret pèse sur les silences et l’incompréhension règne entre les deux femmes. Les souvenirs alors s’animent, on replonge plusieurs années en arrière, Christine, la fille, n’était alors qu’une enfant, et Rachel, la mère, une jeune femme qui élevait sa fille seule. Les décors entrent à leur tour, reconstituant le modeste logement des deux femmes.  D’années en années, le public assiste à l’évolution des personnages, de leur relation fusionnelle et au retour d’un homme qui va tout bouleverser, le père de Christine, le grand amour de Rachel.

  On remonte l’histoire depuis l’après-guerre des années 50 jusqu’à nos jours de scènes intimistes, on oscille entre la vision de la mère et celle de la fille. Entre souvenirs heureux, amour passionnel, différence d’origine, de classe sociale et d’appartenance religieuse, soumission et abnégation, espoir puis reconstruction…se déroule sous nos yeux une histoire d’une grande complexité, qui mène à mal la relation la plus primaire et la plus viscérale qui soit, celle d’une mère et de son enfant.

  Le tandem d’actrice est convaincant, Bulle Ogier est touchante en mère pudique et aimante, et Maria de Medeiros relève le défi de traverser les âges avec agilité. La mise en scène met l’œuvre en valeur, cette espace vide qui au fil des scènes se remplit de nouveaux décors nous ramène bien à la notion de souvenirs, d’images imprimées dans les esprits des deux héroïnes. L’usage de la vidéo reconnecte le public avec le présent, plus douloureux, les femmes n’apparaissent plus ensemble, la mère et la fille nous livrent leurs témoignages distincts.

  Reste selon moi à regretter la longueur et la lenteur de certaines scènes et certains dialogues, détail qui, heureusement, n’a pas beaucoup d’importance pour une pièce d’une heure et demie.

Un amour impossible, d’après le roman de Christine Angot, adapté par l’auteur et mis en scène par Célie Pauthe, avec Bulle Ogier et Maria de Medeiros. Aux ateliers Berthier du théâtre de l’Odéon jusqu’au 26 Mars, réservations au 01 44 85 40 40 ou en ligne http://billetterie.theatre-odeon.eu/un-amour-impossible-theatre-contemporain-css5-odeon-pg51-ei418333.html

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