Patrick et les clochards

   Patrick Declerck et un psychanalyste, un philosophe, un anthropologue et un romancier. Son domaine d’étude, la rue, ses sujets, les sans domicile fixe, les « clochards ». Quinze ans durant, l’homme va les suivre et les accompagner, en exerçant comme consultant au centre d’accueil et de soins hospitaliers de Nanterre, et en allant jusqu’à se fondre dans la masse pour se faire emmener de force par le bus de ramassage de la police et aller passer la nuit au centre d’hébergement de Nanterre. Un homme de terrain donc, qui a voyagé au bout de l’enfer et qui est revenu de ces quinze années avec deux témoignages par écrit, deux romans, « Les naufragés » et « Le sang nouveau est arrivé ».

   Adaptés et mis en scène par Guillaume Barbot ces derniers ont fait naître On a fort mal dormi, pièce jouée au théâtre du rond-point jusqu’au 12 Mars prochain. Dans cette dernière, Jean Christophe Quenon interprète Declerck, nous contant et dépeignant ses aventures. Nous sont racontées sans détour les conditions de vie de ceux que la société ne voit pas, de manière crue et révoltée, sont même posées les questions du rôle sociétal des clochards, des stratégies politiques dont ils peuvent faire l’objet, et de l’intérêt presque commun qu’ils ne s’en sortent jamais.

    Les messages de la pièce sont percutants, ils amènent au spectateur de nombreuses questions, et nous font aborder le sort des miséreux sous bien des angles qui nous avaient échappés jusqu’alors. Si Jean Christophe Quenon porte la pièce dans son ensemble et convainc en homme écorché vif après avoir passé plusieurs années au cœur du « problème », certains moments tombaient pour moi dans le trop lourdingue, le trop cliché et le complètement injustifié. En pointillés, des instants très poétiques, quand l’acteur échange avec le public, platement, froidement, en nous expliquant juste les vérités que l’on ignore chaque jour : comment accepter le manque d’hygiène, comment conserver des relations sociales, est-ce que les clochards ont des relations sexuelles, est-il vrai que les femmes se font violer dans la rue, comment font-ils pour faire leurs besoins, ont-il vraiment envie de sortir de la rue et de se réinsérer dans la « vraie societé » ?

   Mais justement, entre ces moments tout simples d’échanges avec le public et de prise de conscience, on assiste à quelques effusions de colère et moments d’hystérie qui étaient selon moi mal amenés et qui arrivaient un peu comme des cheveux sur la soupe, et faisaient perdre le fil. On ne comprend pas pourquoi à un moment par exemple l’acteur se retrouve à moitié nu à hurler « Asile », j’ai vécu cela comme de la pure démonstration théâtrale, détachée en tout point du propos qu’elle servait. J’ai donc oscillé entre réels moments d’émotion et détachement total, dommage.

On a fort mal dormi, d’après « Les Naufragés » et « Le sang nouveau est arrivé » de Patrick Declerck, adaptés et mis en scène par Guillaume Barbot, interprété par Jean Christophe Quenon. Au théâtre du rond-point jusqu’au 12 Mars 2017. Réservations au 01 44 95 98 00 ou sur internet http://www.theatredurondpoint.fr/spectacle/on-a-fort-mal-dormi/.

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