Réduction d’oubli à la sauce Jolly

   L’œuvre de Jacques Offenbach a connu un destin moins réjouissant que celui de son héros. Opéra-comique composé en 1872 sur un livret de Paul de Musset, lui-même inspiré de la pièce de théâtre du même nom d’Alfred de Musset, Fantasio ne séduira pas son époque et désertera les planches après quelques représentations seulement, les partitions parties en fumée dans l’incendie de l’Opéra-Comique. Le XXème siècle lui rendra ses lettres de noblesse mais il reste peu présent dans le paysage culturel.

   Une œuvre tombée dans l’oubli est un défi excitant pour quiconque se lance le défi d’en exalter la beauté  aux yeux du public. Un siècle et demi plus tard, c’est Thomas Jolly qui se prête à l’exercice, et qui présente le temps de quelques jours sa version de Fantasio au théâtre du Châtelet.

  Fantasio est un jeune rêveur qui s’ennuie. Or, dans un contexte de mariage arrangé amenant la paix au royaume de Bavière, le bouffon du Roi vient de mourir et la place est vacante. Quand l’information remonte aux oreilles du héros, ce dernier y voit l’occasion de bousculer la monotonie de sa vie, mais aussi de se rapprocher de la princesse Elsbeth au charme de laquelle il n’est pas indifférent. Pour faire échouer le mariage annoncé de sa douce avec le prince de Mantoue, Fantasio deviendra son confident et tentera de la charmer malgré son déguisement de bouffon.

   L’histoire d’amour de Paul de Musset est servie par la musique d’Offenbach, belle à couper le souffle. On reste suspendus trois actes durant à l’extrême sensibilité des notes qui s’envolent, à la voix cristalline de Marianne Crebassa et Marie-Eve Munger, et à la direction ciselée et nuancée de Laurent Campellone. La présence de Bruno Bayeux sur scène donne une dimension comique appréciable au spectacle et les comédiens/chanteurs sont tous excellents, mais la vraie prouesse, il faut bien l’avouer, c’est la mise en scène géniale de Thomas Jolly.

   On retrouve les codes du metteur en scène : des visages blancs, des lèvres rouges, des perruques tout droit sorties des clips de Sia, un décor monumental organisé autour d’un grand escalier central, des éléments de structure mobiles, beaucoup de tissus, de la lumière, des lettres géantes qui tombent du ciel, quelques touches de couleurs, et un bon final en jet de confettis dans la tête d’un public étourdi. Le style de Jolly parle, il est complet, étudié, spectaculaire, un peu gothique et rebelle sur les bords et en même temps au service de l’œuvre qu’il sert. Chaque scène était un tableau à part entière, tantôt avec des tulipes bleues, tantôt avec des ballons, un balcon Shakespearien et un bosquet en fer forgés viennent serpenter sur scène pour amener encore de nouveau décors. Toutes ces images étaient d’ailleurs immortalisées par un objectif d’appareil photo géant en arrière-plan, sorte d’œil de Sauron qui trônait en haut de l’escalier et qui gobait et recrachait les personnages.

   On ne s’ennuie pas une seconde, le metteur en scène prend son public par la main et lui occupe les yeux, car les oreilles seules ne peuvent pas être comblées au théâtre. Je m’étais dit qu’il ne fallait pas que je parte conquise suite à Henry VI et Richard III, et qu’il serait bon d’avoir un œil un peu critique sur le metteur en scène star, mais j’ai rendu les armes dès les premières minutes face à ces mille et une idées brillantes, Thomas Jolly, je t’aime, c’est dit.

Fantasio, opéra-comique de Jacques Offenbach, livret de Paul de Musset. Mise en scène Thomas Jolly et Direction musicale Laurent Campellone. Au théâtre du Châtelet jusqu’au 27 Février. Réservations sur le lien http://www.opera-comique.com/fr/saisons/saison-2017/fantasio

Disponible en replay aux liens suivant :

https://www.youtube.com/watch?v=h4BkyiUlUfM&t=4698s

http://culturebox.francetvinfo.fr/opera-classique/l-opera-comique-fantasio-d-offenbach-par-thomas-jolly-252157

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s