Tuer le père

  Après son succès la saison dernière et le « Molière du Comédien dans un spectacle de Théâtre public » pour Charles Berling, c’est le torse bombé que Stéphane Braunschweig annonçait le retour pour un mois de Vu du pont à l’Odéon, par le metteur en scène star Ivo Van Hove. Simple dans la forme mais riche d’un grand nombre de questions existentielles ainsi que d’un contexte social particulier, le texte d’Arthur Miller est un défi de taille pour le metteur en scène.

  Le décor est planté à New York dans les années 50, et le protagoniste de l’histoire est un docker, Eddie Carbone. Il vit simplement avec sa femme Katie et Catherine, la nièce de cette dernière qu’ils élèvent comme leur propre fille depuis la mort de sa mère. L’intrigue démarre le jour ou Catherine trouve un travail bien payé. Avec le soutien de sa tante, elle annonce à Eddie sa prise d’indépendance. Dès lors, on comprend que l’homme nourrit pour sa nièce une possessivité et une anxiété quelque peu extrêmes qui caricaturent bien la relation viscérale qu’entretien un père avec sa fille. Mais quand Eddie accepte d’accueillir chez lui deux immigrés Italien, cousins de sa femme, et que Catherine s’entiche de l’un d’entre eux, allant jusqu’à accepter de l’épouser, la pièce vire au drame.

  Sur fond de jalousie maladive, d’amour presque incestueux et de misère sociale et d’immigration, le texte questionne les limites du bien et du mal. Charles Berling interprète un homme bon et généreux qui, torturé par une passion amoureuse malvenue, se transformera en parfait salaud paranoïaque et tyrannique. Ivo Van Hove livre une mise en scène intimiste en plaçant un petit espace de plain-pied au centre d’un public qui la cerne de très près. On touche presque les acteurs, on est à côté d’eux, on entend tout ce qu’ils peuvent se susurrer à l’oreille.

  À cette proximité s’ajoute une mise en scène dépouillée d’artifice, le metteur en scène nous offre la pièce sur un plateau vide. Ce sont les acteurs qui sont le cœur de tout dans cette petite boite lumineuse ou seul un banc au pourtour de la scène les sépare du public, et une ouverture menant à une boîte noire leur sert de coulisses. Ainsi, nous n’avions pour nous nourrir que le jeu des acteurs et l’essence même du texte qui était mis en valeur et qui arrivait à nos oreilles de la manière la plus pure qui soit.  Les comédiens délivrent une performance remarquable, brute et limpide, et le trio Charles Berling, Caroline Proust et Pauline Cheviller est bouleversant de vérité.

  Mention honorable à la dernière scène, très visuelle bien qu’un peu tachante et odorante pour les gens du premier rang.

Vu du pont, d’Arthur Miller, mis en scène par Ivo Van Hove, représentations aux Ateliers Berthiers du 04 Janvier au 04 Février 2017.

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