Dom Juan est so 2016

   Dom Juan et moi, ce n’est pas l’amour fou. Pièce avec laquelle on nous a rebattu les oreilles pour le bac français, sur laquelle d’ailleurs je suis tombée le jour du bac à l’oral, et dont on nous a montré des dizaines de mises en scène toutes plus rasantes les unes que les autres. Cette pièce était donc jusque-là celle que j’aimais le moins de Molière, autant dire qu’elle était attendue au tournant.

  L’œuvre de l’illustre auteur offre pourtant bien des possibilités, les personnages ne manquent pas de relief, le texte de piquant et l’histoire de morale, mais c’est en 2016 et avec cette version ô combien rafraîchissante de Jean-Francois Sivadier qu’il m’a été offert de le constater pleinement.

  Sur scène un décor mécanique et lunaire, monumental, et Sganarelle ouvre les hostilités. Le personnage interprété par Vincent Guédon, brillant, apparaît sous un jour différent, lui que je trouvais depuis toujours insipide et sans saveur  est soudainement drôle, attachant, un peu surexcité, une sorte de Jacquouille la fripouille absolument délicieux. Il va pendant les deux heures et demie du spectacle apporter une réelle plus-value à la pièce et former avec Dom Juan un tandem réellement comique et incisif.

  Dom Juan, quant à lui, apparaît à la scène II et est incarné par Nicolas Bouchaud. Tout comme Sganarelle, c’est sous un nouveau jour que l’on appréhende le personnage. Il commence par draguer quelques demoiselles du public, leur tendant un bouquet de fleur qu’il retire par la suite pour mieux l’offrir à une autre. On sent le dragueur lourd un peu beauf, du genre qui colle, et par la même occasion qu’on va passer un bon moment.

  A l’instar des deux personnages principaux, le reste de la distribution ne déroge pas à la règle, les personnages sont dans une certaine caricature d’eux même : Elvire est l’épouse trompée transie de jalousie et hystérique, Charlotte et Mathurine deux paysannes difficilement compréhensibles, pas distinguées pour un sou et infiniment naïves… Lucie Valon est impressionnante dans chacun de ses personnages, Marie Vialle un peu moins selon moi (dieu sait ce que cela me coûte de l’avouer).

  Au-delà de ces côtés comiques et caricaturaux qui modernisent agréablement la pièce, la mise en scène et les décors impressionnent. Les couches de rideaux se lèvent, le sol se dérobe sous leurs pieds, l’espace s’ouvre au fur et à mesure, on voit les techniciens installer et désinstaller, les acteurs patienter sur les côtés en attendant leurs prochaines interventions, Jean Francois Sivadier modernise, encore une fois. La verticalité et la dimension céleste du décor prouvent que l’essentiel n’a pas été oublié : le rapport au ciel, omniprésent dans le texte, une installation lumineuse incarne d’ailleurs cette conscience permanente en décomptant le nombre de fois que le mot est prononcé.

  Malgré les quelques longueurs du texte dont la mise en scène n’a pas réussi à se débarrasser, et malgré le risque de « normaliser » Dom Juan et d’en faire une sorte de caricature de l’égoïste-macho-beauf-égocentrique que l’on croise à tous les coins de rue, le personnage n’en est pas moins resté le rebelle athée et profondément libre dans sa tête. Et, bien évidemment, il est puni à la fin par la statue du commandeur, ce qui à l’époque faisait que la pièce rentrait dans les clous, et aujourd’hui ce qui nous rend le personnage d’autant plus sympathique, magie de l’intemporalité des pièces de Molière.

Dom Juan, de Molière, mis en scène par Jean-François Sivadier, théâtre de l’odéon jusqu’au 04 Novembre 2016. Réservations en ligne : http://www.theatre-odeon.eu/fr/2016-2017/spectacles/dom-juan ou 01 44 85 40 40

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