Red is the warmest color

   Deux anciens amants qui se retrouvent vingt ans après une histoire au goût d’inachevé, qui ne peuvent contenir leurs passions à la vue l’un de l’autre, et qui s’attirent inéluctablement bien que l’une soit devenue mère de famille et l’autre Cardinal. Ce résumé peut faire penser à une série AB productions ou un mauvais roman à l’eau de rose, il n’en est rien.

  Jacques Rampal choisi dans son œuvre de continuer l’histoire du Misanthrope de Molière, et de faire renaître de ses cendres le volcanique couple d’Alceste et Célimène. Le texte est ciselé, fin et ressemble à s’y méprendre au style de Poquelin, l’auteur signe une œuvre agréable à lire et réussie. La pièce lui a rendu la plus belle des justices.

  La pièce se jouait le 31 Mars dernier au NECC de Maisons-Alfort, mais n’a plus à faire ses preuves puisqu’elle rencontre beaucoup de succès depuis le festival d’Avignon 2014. Il y a des pièces comme celle là où l’on se rend gonflé à l’apriori et aux mouais-tu-sais-les-pièces-qui-plaisent-à-tout-le-monde… et desquelles l’on ressort en ayant rendu les armes face à la justesse de la mise en scène et le talent brut des comédiens. Voilà la leçon de théâtre que j’ai prise ce soir-là.

  Les deux personnages évoluent dans un décor et des costumes d’époque, à savoir fin du XVIIe siècle, à forte prédominance rouge. Cette couleur a une importance particulière dans cette mise en scène et contribue grandement à l’harmonie du spectacle. Le rouge symbolise l’amour, la passion, la fougue, le désir, l’excitation, la colère…autant d’émotions qui habitent les deux personnages durant l’heure et demie de leur rencontre.

  On est tantôt dans un écrin en velours, tantôt dans une corrida, alors quelle couleur choisir autre que le rouge.

  Cette ambiance électrique est amplifiée par la fatalité de la situation, que l’on ressent de plus en plus fort. Célimène est toujours cette femme superficielle, provocatrice et éloquente quand Alceste, bien que s’en défendant, est toujours le misanthrope. Les deux personnages ont essayé de construire une vie sur mesure, loin de leur réputation et parfaite pour redorer un blason bien terni vingt ans aupravant. Célimène essaye tant bien que mal d’être pieuse et bien éduquée derrière son rôle de femme au foyer, tandis que le Cardinal dissimule son mépris de l’autre et son étroitesse d’esprit derrière une parole sacrée. Beau tableau qui nous révèle tout de même une morale importante : on ne change jamais, et Célimène et Alceste s’aiment, malgré leur incompatibilité flagrante.

  Le tout est servi par deux acteurs beaux et talentueux (Gaëlle Billaut-Danno a été nominée dans la catégorie révélation féminine des Molières en 2015 et Pierre Azema couronné d’un prix d’interprétation masculine au festival d’Avignon Off 2014), entre lesquels la chimie opère depuis plusieurs années dans une mise en scène dynamique. Du très propre, un vrai bonbon.

Célimène et le Cardinal, mis en scène Pascal Faber, interprété par Gaëlle Billaut-Danno et Pierre Azema , sur scène du 28 Avril au 25 Juin 2016 à la Comédie Bastille. Réservations sur internet ou au 01 48 07 52 07

 

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s